Mon amour me manque!!!

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« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

Lamartine, inspiré par sa souffrance dans son poème L’isolement, nous touche directement, et pourtant, il nous parle plus du vide en lui qui demande à être rempli, que d’Amour! Bien sûr, si la personne aimée est éloignée par les kilomètres et que la relation a peu d’occasion de s’expérimenter dans le monde charnel, il se produit une frustration naturelle. Cette énergie peut éventuellement être investie dans une autre activité ; les frustrations sont à l’origine de nombreuses passions artistiques!

Mais si le manque de l’autre est une souffrance, il en est autrement.

Le manque, le vide, ne sont pas de l’amour

Lorsque notre cœur a été blessé ; que nous avons eu un manque d’affection ou de sécurité dans l’enfance (défaillance, maladie ou décès d’un parent, violence, abus, abandon physiques, psychologique, etc.), ou bien que nous avons un bagage familial difficile, l’impression qu’un être peut nous combler est très intense! Nous projetons* sur l’autre tout ce qui nous a manqué, tout ce qui nous manque, et même tout ce qui nous manquera! Lorsque l’absence devient souffrance, qu’on est en manque ; on expérimente notre dépendance affective. L’autre comble un espace vide en nous, qui s’avère nécessaire à notre bien-être voire à notre survie. Ce vide, si nous entrons en nous un instant, nous le connaissons depuis longtemps. D’ailleurs, peu importe la personne avec qui nous sommes en relation, elle sera chaque fois l’Objet de notre manque car nous avons un besoin profond. On voit ici que l’autre a pour mission, de nous aimer, réparant ainsi ce qui nous a fait défaut auparavant. On peut survivre, mais on ne peut pas vivre sans amour, c’est pourquoi on peut souffrir énormément jusqu’à en perdre la raison quand on se sent abandonné par la personne en qui on a misé notre « réparation » de toute une vie ; on a même dû inventer la catégorie de crime passionnel!

Les dangers pour le couple

Beaucoup de relations amoureuses n’en sont pas vraiment, car construites mutuellement sur l’accord tacite de se sécuriser l’un l’autre, autrement dit la relation n’est pas fondée sur l’amour mais sur la peur d’être seul, ou de manquer de quelque chose (d’amour, d’argent, d’affection,etc.) . Si la peur/besoin est réciproque et aussi intense de part et d’autre, l’équilibre se fait, mais il est très fragile car si l’un des deux s’émancipe un peu, l’autre se sentira délaissé et déstabilisé et.. c’est souvent le début de la fin…

La personne émancipée : elle peut désormais combler ses manques et besoins autrement qu’auprès de l’autre personne, son autonomie la rend d’autant plus désirable. L’évolution est une quête humaine élévatrice et une personne qui trouve une sécurité intérieure ne revient plus en arrière. Si cette nouvelle assurance le/la détourne de sa relation amoureuse, c’est qu’elle n’était pas dans une relation d’amour mais d’attachement, il n’y a dans ce cas aucun regret à avoir, ceci de chaque côté. Il se peut qu’elle aille vers une nouvelle relation d’attachement aussi, si elle ne l’a pas conscientisé.

La personne délaissée : Elle se retrouve en position de fragilité car elle est entièrement dépendante d’un personne qui ne l’est plus. Elle peut ne plus être enviable et désirable, surtout si elle se montre dépendante, fragile et possessive. Les demandes de preuves d’amour, les chantages affectifs et autres projets douteux pour rapprocher la personne émancipée sont inutiles et aggravent la situation. Si elle parvient par de sordides manipulations à générer chez l’être espéré des sentiments, ils ne seront au mieux qu’oppression, culpabilité, devoir moral ou pitié, sans parler de la rancœur qui suivra dans son cœur, lorsqu’il/elle découvrira sa prison dorée. L’amour ne se demande pas ; de par sa nature libre, il refuse la contrainte.

Se sortir de la dépendance affective

Cela peut paraître dur à accepter, mais un seul être ne peut et ne pourra jamais porter et remplir la mission de remplir les manques affectifs et les souffrances que nous avons eu auparavant. Peut-être même au plus fort de votre relation amoureuse, avez-vous senti que ce vide demeurait étonnamment au fond de vous? Il n’y a rien à attendre, c’est à nous seuls qu’il revient de combler nos manques. Si l’autre a gagné en assurance, en autonomie grâce à une activité épanouissante (une activité sportive ou artistique, une thérapie, grâce à la stabilité de votre couple), de nouveaux amis, des discussions constructives (explications et pardons des proches) prenez exemple et recentrez-vous ; faites des choix qui vous font plaisir et du bien. C’est en remplissant nous-même notre vide intérieur que l’on avance en terrain sûr et solide. Tout ce que vous faites pour vous, personne ne vous l’enlèvera.

Après un travail sur vous-même, sachez que si vous étiez en dépendance affective sans être amoureux(se), vous allez naturellement vous détacher affectivement, cela peut être triste et effrayant de s’occuper de soi mais il en va de votre bien-être, et il faut parfois vivre une période douloureuse pour se délivrer.

Si vous l’aimez, puisez dans votre amour la force de vouloir son bonheur sans qu’il soit au service du vôtre et payez le prix de sa liberté. Pour vous comme pour l’autre, il n’y a pas de bonheur sans liberté. D’ailleurs si nous aimons l’autre au point de vouloir son bonheur, comment vouloir lui faire porter la charge de devoir nous aimer à notre place?

« Mon amour me manque » devient « Mon amour pour moi me manque ».

*projeter sur l’autre : attribuer à quelqu’un d’autre, nos propres sentiments, souvent parce que l’on en n’a pas encore pris conscience